Quelques réflexions sur la traduction de: Les Mots de Sartre en Iran

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Auteur

Maître Assistant- Université de Tabriz

Résumé

   
Résumé:
Pendant plusieurs siècles, la réflexion sur la traduction a été l'une des préoccupations majeures des littératures et aujourd'hui encore, elle est située au centre du débat concernant l'orientation vers la langue source ou la langue cible. Parmi les écrivains traduits en Iran, Sartre nous a semblé avoir mis en évidence des traits distinctifs pour son ironie et pour son engagement politique et social. Son livre intitulé "Les Mots" est sûrement un chef-d'œuvre et dès sa parution en 1964, il  a suscité un enthousiasme extraordinaire dans les milieux intellectuels de différents pays. Ce livre a été traduit en persan à quatre reprises dans les années 1972, 1973, 2007 et 2009 par les différents traducteurs.
Vu l'évolution permanente de la langue utilisée au cours du temps, nous nous intéressons, dans cette étude, à la première et la dernière traduction de cette œuvre en persan (H. Djavahertchi, 1972 et A. DJ. Aalam, 2009), en examinant le transfert de structures de langue 1vers langue 2, plus particulièrement quand le phénomène conduit à des interventions d'ordre purement individuel. Il convient à affirmer que vu l'impossibilité d'examiner entièrement l'œuvre et toutes ses traductions, nous avons choisi quelques extraits qui ne représentent qu'une petite sélection de l'ensemble de l'œuvre et de ses traductions.
La traduction n'étant jamais une opération neutre, nous avons essayé d'examiner et de  mettre en évidence les interventions des traducteurs, réalisées dans le cadre de leur appartenance propre à la culture persane.
 
  

Mots clés


Introduction:

De toutes les œuvres de Sartre, Les Mots constitue l’un des grands textes autobiographiques dans lequel l'auteur tout en relatant son enfance, privilégie avant tout son rapport aux mots et à la littérature dans une perspective critique. C'est le livre qu'il a le plus longtemps réfléchi avant de se décider à l'écrire et auquel il est difficile de rester insensible. Certaines pages du livre sont considérées comme une investigation de pensées intérieures et de sentiments d'écrivain. Il paraît que Sartre n'a jamais travaillé sa prose avec autant de patience et de passion. Il en fait d'ailleurs l'aveu à Simone de Beauvoir: «Je voulais que ce soit un adieu à la littérature qui se fasse en bel écrit, j'ai voulu que ce livre soit plus littéraire que les autres» (Benard-Henry Lévy, 2000, 12).

Étant donné la réussite de cette curieuse tentative que sont "Les Mots" et la mise à nu de l'illusion littéraire par la littérature elle-même, c’est une œuvre qui mérite l'attention particulière de tous ceux qui ont le souci de la liberté et d'engagement social à travers un formidable texte littéraire. Afin que ces idées circulent et que les cultures s’enrichissent mutuellement, la traduction littéraire s’avère  indispensable. Le rôle des traducteurs est toujours déterminant dans la diffusion de ce patrimoine culturel, dans l'évolution ainsi que dans la diffusion des connaissances et dans la vie intellectuelle de différentes sociétés. Concernant notre propre culture, la culture persane, les traductions ont toujours nourri la langue littéraire persane et dans une certaine époque, elles étaient plus nombreuses que les productions des auteurs nationaux.

L'objectif de tout traducteur étant de réaliser une traduction correcte et fidèle, il lui est nécessaire de bien connaître et à tous les niveaux la langue d’origine et celle d’arrivée, leurs histoires contemporaines et d’autrefois, leurs ressources d’expression. En bref, le traducteur doit avoir une vaste connaissance des deux cultures et s'appuyer, de préférence, sur les normes d'un genre parce qu'on ne traduit pas de langue à langue mais de genre à genre. Il doit connaître en même temps l’auteur et l’œuvre, avoir du bon sens ainsi que certaines facilités naturelles, du talent littéraire, de la sensibilité, de la capacité d’interprétation, de la compétence pour saisir des idées et identifier des obstacles. (Voir : Mounin, 1963, 53) Traducteur de Sartre ne fait pas exception à cette règle et il doit avoir aussi des connaissances de critique textuelle et de philosophie ; il doit posséder, en même temps, du talent créateur et de l’habileté pour bien s’exprimer et pour transmettre des idées de l'auteur avec exactitude ; il doit enfin s’avérer intelligent avec d’horizons illimités car il se trouve entre deux cultures et deux civilisations tout à fait différentes.

La traduction d'une œuvre comme celle de Sartre porte donc comme toute traduction littéraire des enjeux artistiques et culturels particuliers ; on trouve une grande variété d'avantages chez les traducteurs de Sartre : ils  sont souvent spécialistes de cet auteur et de son époque, et animés toujours d’une éthique rigoureuse de leur métier. Ils ont bien entendu le souci d'un travail équilibré et délicat entre la traduction fidèle du texte ou la restitution de son sens, qui exige parfois de s’éloigner temporairement du texte original mais qui poserait parfois des difficultés. Nous verrons,  dans les pages qui  suivent, jusqu’où pourrait aller cet éloignement du texte d'origine.

On a observé les différentes théories sur la traduction littéraire qui se sont développées à travers le temps, faisant très attention aux traits qui constituent un texte littéraire et la façon dont ceux-ci sont traités en traduction. (Voir: Guillemin-Fleschier, 2003, 123)

Dans la théorie traditionnelle de la traduction qui l'interprète comme un phénomène binaire, il y a toujours deux éléments dans le processus de traduction, un texte original dans une langue et sa production secondaire dans une autre langue. Par conséquent chaque traduction est déterminée précisément par sa relation avec le texte original. (Voir: Berman, 1999, 46) Cependant cette relation peut être de nature diverse. Le traducteur peut choisir entre deux possibilités: soit il tire le lecteur vers l'auteur; c'est-à-dire qu'il suit fidèlement l'original, soit il tire l'auteur vers le lecteur, c'est-à-dire qu'il rend le texte source aussi compréhensible que possible dans la langue cible en préconisant de rendre les idées ou le sens plutôt que les mots. Mais en tout cas, il est important que la traduction soit lisible d'une manière très naturelle pour ne pas «sentir la traduction» (Voir: El Medjira, 2001)

C'est une tâche difficile qui nécessite de faire passer une information en franchissant la barrière d'une autre langue ; une langue vivante, qui évolue tous les jours.  

Concernant la traduction de Les Mots ("Kalémât" en persan), il est  particulièrement important de considérer l’entourage socio-historique et culturel de son auteur pour capter un maximum d’information et parvenir ainsi à saisir les subtilités, les connotations et les ironies de l’écrivain dans cette œuvre formidable. Savoir davantage de l'auteur, de l’ensemble de son œuvre et de son milieu, se traduit par une moindre difficulté de compréhension ultérieure pour le traducteur et en conséquence, la traduction sera un peu moins compliquée.

De plus, avoir une connaissance considérable de l'auteur et de son œuvre nous permet de prouver que, parfois, les différentes allusions du texte peuvent être étroitement liées entre elles, voire avec la vie de l’auteur. On a pu remarquer, par exemple, que le langage employé par Sartre était clairement particulier, ainsi que ses expressions qui différaient certainement de ce que nous dénommons une communication ordinaire. Le traducteur comment arrivera-t-il à résoudre l’énigmatique de ces propos de Sartre :

 

Je paradais devant des enfants à naître qui me ressemblaient trait pour trait, je me tirais des larmes en évoquant celles que je leur ferais verser. Je voyais ma mort par leurs yeux; elle avait eu lieu, c'était ma vérité: je devins ma notice nécrologique (Sartre, 1972, 176).

 

Nous savons qu’une œuvre littéraire, ne vit qu’à travers les traductionsmultiples qu’on peut en donner. Si nous croyons qu'en lisant une œuvre dans la langue originale nous serons plus proches de l'œuvre et elle nous sera plus compréhensible, nous nous trompons profondément parce que même les mots utilisés par l'auteur des dizaines d'années auparavant et reçus beaucoup plus tard par les lecteurs contemporains, se sont chargés de multiples significations et interprétations entre l'époque de l'auteur et la nôtre, des significations que ces mots ne pouvaient avoir pour lui qui ne connaissait pas tout ce que les générations futures auront dit et interprété de lui à travers les cultures traversées1. La plupart de ces mots utilisés par l'auteur pour exprimer sa pensée du moment ont bien sûr été façonnés, par une existence détachée de l’auteur, en vivant leur propre histoire.

 

Première et dernière traductions de Les Mots

Pourquoi donc penser que la seule lecture de  Les Mots serait celle que l’on a déjà lue dans la traduction des années 70 – qui présente d’ailleurs des facettes multiples? Il est même extrêmement intéressant et enrichissant pour un persanophone, qui connaît déjà Sartre à travers la traduction de son œuvre, de découvrir une lecture neuve, faite par quelqu’un qui aime assurément le texte travaillé par lui, avec une magnifique sincérité.

Il est à remarquer que tous les traducteurs de Sartre ont contribué comme une légion de travailleurs, chacun selon sa compétence et sa manière, à la construction d'un même édifice. Notre grand souci serait donc d'éviter l'injustice dans notre appréciation. C'est grâce à la collaboration de l'un et de l'autre que cette œuvre prestigieuse trouve sa valeur et sa place dans les milieux intellectuels. Cela suffit pour que nous n'hésitions pas à accorder au dernier traducteur les remerciements auxquels tous ont droit. Car selon une maxime «il y a au monde une chose plus rare encore que de composer un bon livre, c'est de composer une bonne traduction» (Bellanger, 1903, 4).

Du point de vue général, (Ladmiral, 1994, 141) la traduction est une méta-communication qui passe nécessairement par la médiation de la subjectivité du traducteur, qui fait dès lors figure d'interprète, à tous les sens du mot et le traducteur est un médiateur spécialisé, un spécialiste du domaine et de l'auteur qu'il traduit. Nous souhaitons apporter, dans les limites du présent article, quelques  précisions sur la qualité des traductions.

Le premier traducteur de l'œuvre (H. Djavahertchi, 1972) a assurément l’art des phrases, de leur mouvement, l’art des symboles et de leurs valeurs, mais plus que cela, il comprend aussi en profondeur Sartre dans son époque et aussi dans son éternel et insatiable désir de liberté.

H. Djavahertchi s’intéresse à Sartre, mais pas à l'aspect linguistique de son écriture  et, de ce fait, donne une interprétation de sa visée qui est considérée plus vaste par rapport à ce que Sartre lui-même dit dans son texte;n'arrivant pas à rendre le texte original avec la même brièveté en langue persane, il exprime parfois une expression ou un mot en plusieurs mots. Comparons la traduction de cet exemple dans les deux traductions :

 

Lecteur, je sautais ces passages didactiques; auteur, j'en bourrai mes romans; je prétendis enseigner à mes contemporains tout ce que j'ignorais: les mœurs des Fuégiens, la flore africaine, le climat du désert (Djavahertchi, 1972, 122).

 

جواهرچی:

 هنگام مطالعه این گونه کتب، وقتی به مطالب خارج از موضوع بر می خوردم از خواندن آن چشم  می پوشیدم و در جستجوی موضوع اصلی صفحات را ورق می زدم و می گذشتم.(جواهرچی، 1351، 188)

هنگامیکه می خواستم کتابی تالیف کنم از مطالب اضافی استفاده فراوان می کردم و در داستانهای خود هر چه قدرت داشتم از این مطالب جای میدادم.

سر انجام این اندیشه در من راه می یافت و اطلاعاتم را به کمک دیگران تکمیل می کردم و معاصرین را به پیروی از خود وا میداشتم.

چنانچه آداب و رسوم ساکنین «ارض نار» و گیاهان آفریقایی و آب و هوای صحرا برای من نامعلوم بود، با اسنساخ آثار دیگران این معلومات را بدست می آوردم.

 

امیر اعلم :

به منزله خواننده، از این قطعه های آموزشی می گذشتم؛ به منزله نویسنده، رمانهام را در آنها می چپاندم؛ سر آن داشتم تا به همروزگارانم همه آنچه را نمی دانستم بیاموزم: آداب و رسم های ساکنان تی یرا دل فو ئگو، گیاهان آفریقا، اقلیم بیابان.(اعلم، 1387، 139)

 

Il convient seulement de savourer cette nouvelle traduction que nous offre A.DJ. Aalam (2009) pour avoir l'occasion de méditer sur la possibilité et la richesse de traductions multiples pour mieux découvrir cette œuvre littéraire.

La dernière traduction de Les Mots s’agit de doter cette grande œuvre d’une toute nouvelle traduction, qui sans cesser d’être fidèle au texte original, essaie de retrouver cette fidélité à travers une fidélité plus grande à la langue persane d’aujourd’hui. Sa manière consiste à rendre le sens sans se détacher totalement des aspects linguistiques du texte source; les termes littéraires, et même d'ordre général, la terminologie, la ponctuation — sauf usage différent dans la langue d'arrivée — et le style réapparaissent dans le texte-cible d'une manière qui semble beaucoup plus fidèle que la première traduction. Mais ce traducteur n'échappe non plus à un certain aspect négatif qu'on constatera dans les exemples donnés ci-dessous : il emploie des mots déformés ou utilise les néologismes et des expressions modifiées, ainsi que les tournures étrangères à la langue persane, mélange différents niveaux de langue, créant ainsi un écart par rapport à l'ordinaire.

 

در طیّ تاخت و تاز های پندار ناکم می خواستم به واقعیت برسم (اعلم، 1387، 137). 

 

جخ نوشتن را آغاز کرده بودم که قلمم را زمین گذاشتم تا ذوق کنم (همان).

 

پنداری خواب و خیال هام را به میانجی خراش خراش دادنِ نوک قلمی فولادی در جهان استوار گردانده ام (اعلم، 1387، 139).

 

Il sort ainsi des habitudes contractées au fil des années, qui risquent toujours d’atténuer les paroles prononcées et les sens qui leur sont associés. Bien sûr, il ne s’agit pas pour autant d’oublier ce que les autres traductions, très bonnes et très belles d'ailleurs, ont apporté et apportent encore, à ceux qui lisent Sartre en persan, mais d’en proposer une de plus qui ne manquera pas de renouveler la perception que l’on a de l’auteur et de son œuvre. Les anciennes traductions, si bonnes soient-elles, avec le temps, courent le risque de ne plus dire autant au lecteur contemporain.

Il suffit de lire la traduction de quelques passages de  Les mots, successivement dans H. Djavahertchi et A.DJ.Aalam, la première et la dernière traduction, pour mesurer l'intervalle qui sépare la première traduction de l'œuvre de celle actuelle: (Il est à signaler que pour les textes persans nous avons conservé tous les détails de l'écriture tels qu'ils figurent).

 

Ex.1: En Alsace, aux environs de 1850, un instituteur accablé d'enfants consentit à se faire épicier. Ce défroqué voulut une compensation: puisqu'il renonçait à former les esprits, un de ses fils formerait les âmes; il y aurait un pasteur dans la famille, ce serait Charles. Charles se déroba, préféra courir les routes sur la trace d'une écuyère. On retourna son portrait contre le mur et fit défense de prononcer son nom. (Sartre, 1972, 1)

 

 جواهرچی:

  در سال 1850 در ایالت «آلزاس» آموزگاری زندگی میکرد که سالیان دراز عمر خود را صرف تعلیم و تربیت اطفال کرده بود. سرانجام ضعف پیری و ناتوانی وی را ناگزیر ساخت که بمنظور امرار معاش و گذراندن زندگی تغییر شغل دهد لذا در صدد برآمد که دکه عطاری افتتاح کند.

با اینحال گاه و بیگاه که بفکر فرو میرفت با خود چنین میگفت« حال که ردای معلمی را از پیکر خویش دور می کنم بهتر انست که یکی از فرزندان من خرقه کشیشان را بر تن داشته باشد و روشنایی بخش دلهای تیره و تار گردد تا بدین  روش چراغ فضیلت و دانش همچنان روشنگر کاشانهٌ من باشد.

«شارل» فرزند بزرگ آموزگار علیرغم آرزوی پدر دلباخته رقاصه سیرک شد و در هوای معشوق گریزپا رهسپر و آواره بیابانها گشت. رفتار ناشایسته وی عکس العملی ناگوار در خانواده اش بوجود اورد. حالت تصویر وارونه و نامبهمی را بخود گرفت که بدیواری اویخته باشند. نام وی بناچار از زبانها افتاد و بکلی منفور و مطرود گشت (جواهرچی، 1351، 2-1).

 

اعلم:

در آلزاس، دور و برِ سالِِ 1850، آموزگاری از فشار بار عیال مندیِ رضا داد خواربارفروش شود. ولی او در عوض رها کردن آموزگاری، خواهان جبرانی بود : چون از تربیّت کردن ذهنها دست می کشید، می بایست یکی از پسرهاش روح ها را تربیت کند؛ می بایست کشیشی در خانواده باشد، و او شارل خواهد بود. شارل گریخت، ترجیح داد بیفتد به دنبال یک دختر سوارکار سیرک. تصویرش را رو به دیوار برگرداندند و قدغن شد نامش برده شود. (اعلم، 1387،11 ).

 

Pour donner une analyse aussi fidèle que possible de la traduction de l'extrait ci-dessus, il faut signaler qu'en théorie une traduction doit refléter bien sûr l'original aussi fidèlement que possible. En pratique cependant, les opinions divergent sur ce que l'on doit comprendre par " fidèlement ". Les défenseurs de la forme y voient en priorité le style, le choix des mots, les tournures, la construction grammaticale etc. d'un texte et réclament que ces points soient reflétés avec soin dans la traduction.

S'agissant de la première traduction, celle de H. Djavahertchi, nous constatons que les paramètres socio-culturels ainsi que la connaissance de la langue jouent le rôle essentiel dans la traduction de ce passage ; la substitution de plusieurs mots, au niveau du lexique, à un mot ou une notion conduit à la fin à une explication sémantique non pertinente des unités linguistiques minimales du texte original. Ce qui frappe le plus lorsqu'on se réfère à la première traduction qui est antérieure à notre époque, c'est le peu de souci de l'exactitude rigoureuse. Ajoutons d'ailleurs qu'on y trouve une interprétation erronée de la dernière phrase du passage. Il semble qu'aux yeux de ce traducteur, la parfaite conformité entre l'œuvre et la traduction ne soit pas la principale affaire. Sa traduction ne porte pas sur la langue mais sur le contenu du discours ou du texte, la méthode qui est en accord avec la théorie du sens qui affirme que la traduction est toujours possible si elle porte sur le contenu.

Dans la deuxième traduction, au contraire, il n'y a pas de modification de la surface et chaque unité lexicale est substituée par son équivalent persan qui recouvre apparemment la même surface; même les marques de ponctuation sont respectées et rien n'est négligé. Ici toute unité  lexicale renferme une signification qui lui est propre et qui diffère de la traduction précédente du même passage.

Nous observons que la traduction devient d'autant plus un art lorsqu'on ajoute un subtil équilibre entre le contenu et la forme. Une traduction ne doit rien perdre, peu importe la qualité ou la complexité du texte source; c'est une règle d'or qu'un traducteur ne doit jamais négliger. Le traducteur n'est pas l'auteur et c'est pourquoi il n'a pas le droit d"'améliorer" le texte d'origine selon sa propre définition et ses propres sentiments. Sa mission est de retransmettre les pensées, les sentiments, l'atmosphère de l'original, aussi fidèlement que possible. Respectant ces idées, à notre sens, ce que nous apprenons en lisant Les Mots deDjavahertchic’est bien plus qu'a écrit exactement Sartre. Prenons encore l'exemple suivant:

 

Dans la plupart des lycées, les chaires de langue allemande étaient occupées par des Alsaciens qui avaient opté pour la France et dont on avait voulu récompenser le patriotisme: pris entre deux nations, entre deux langages, ils avaient fait des éludes irrégulières et leur culture avait des trous; ils en souffraient; ils se plaignaient aussi que l'hostilité de leurs collègues les tînt à l'écart de la communauté enseignante. (Sartre, 1972, 133)

 

جواهرچی:

 در دانشگاهها تدریس زبان آلمانی و فرانسه به استادان زبان آلزاسی اختصاص یافته بود زیرا مردم این ایالت به به ملحق شدن آلزاس بکشور فرانسه راًی موافق داده بودند و از این رو بود که دولت فرانسه برای جبران میهن پرستی آنان کرسیهای تدریس زبان المانی را به استادان آلزاسی واگذار کرده بود. ولی چون ساکنین این ایالت در مجاورت کشور المان قرار داشتند تغییرات لهجه در آنان تاًثیرکرده بود باین ترتیب که با دو زبان آلمانی و فرانسه صحبت میکردند و بهمین مناسبت فن تدریس را با دستور خاص هر زبان انجام میدادند و از طرفی طرز آموزش آنان عیوبی  در بر داشت و این استادان شکایت داشتند که سایر همکاران آنان باشتراک مساعی تمایلی از خود نشان نمیدهند و کار را به خصومت کشانده اند و استادان آلزاسی را به کانون فرهنگی خود راه نمیدهند (جواهرچی، 1351، 207).

 

اعلم:

تو بیشتر دبیرستانها، کرسیهای زبان آلمانی در اختیار آلزاسی هایی بود که فرانسه را برگزیده بودند و به پاس میهن دوستی شان پاداش یافته بودند: گرفتار میان دو ملت، میان دو زبان، تحصیلات نامنظم کرده بودند و سوراخهایی در فرهنگشان بود؛ از این رنج می بردند؛ همچنین شکایت می کردند که دشمنی همکارانشان آنها را از جامعه آموزگاران کنار می گذاشت (اعلم، 1387،150).

 

Cette tentative d'explication, comment se justifie-t-elle? Le traducteur, que doit-il retransmettre, quand le message de l'original n'est pas clair ou lui-même le trouve ambigu ? Il ne doit pas succomber à la tentation d'éclaircir ce qui ne l'est pas, de perfectionner ce qui est faible, d'affiner ce qui est lourd pour la compréhension. Dans ce cas, la discrétion peut devenir un vrai défi et même un art. Il convient d'ailleurs de signaler que, l’implicite du texte original qui ne demande pas d’explication pour le lecteur francophone n'est plus qu'un vide pour les lecteurs du texte traduit. La traduction reste au niveau des mots, mais n’atteint pas le niveau des notions. Mais d'autre part, en adaptant l'œuvre de Sartre aux goûts et mœurs de la société iranienne, le traducteur risque d'élargir le sens, de paraphraser et de noyer ainsi le lecteur dans des informations supplémentaires et l’éloigner de la lecture proprement dite, ce qui est vivement contesté. Aussi le traducteur est-il nécessairement conservateur en matière linguistique pour l'essentiel de son travail de traduction d'un texte.

C'est intéressant de savoir que dans le passé, la traduction a été souvent conçue comme un transfert normatif d'une langue à l'autre, d'un code à un autre, d'un découpage linguistique à un autre. De ce point de vue, "respect et fidélité" envers l'original ont été les paradigmes conceptuels de référence du traducteur (Tournier, 1977, 193). On se tromperait donc si l'on attribuait cette infériorité de la première traduction de Les Mots exclusivement à l'imperfection de sa méthode de traduire. D'autres causes se sont réunies à celle – là pour empêcher ce traducteur si habile de bien réussir dans sa tâche en dépit de tout son talent, et en premier rang de ces causes, il convient de placer l'absence d'un terme qui, en persan, puisse satisfaire l'idéal d'un "mot à mot" concordant de français en persan, ce qui l' a obligé à se résoudre aux ajustements modulés, comme ceux que nous avons retenus dans les exemples.

Toutefois, il faut accepter ce fait qu'une langue nous oblige à voir le monde d'une certaine manière et qu' un univers de significations possibles s'ouvre au traducteur si le grave devoir de transporter se transforme en réflexion sur les processus dynamiques de la traduction et sur les différentes pratiques des divers traducteurs; il faut encore admettre que la langue change avec l'expérience de l'homme du monde et dans cette perspective, la traduction se dessine comme un dépôt textuel de connaissances esthétique et culturelle à révéler.

 

Conclusion:

Ici, il ne peut être question de nier ou d'ignorer les difficultés mises en lumière mais de chercher seulement les raisons pour les quelles, les traducteurs ont pu pratiquement traduire avec une approximation acceptable, en dépit de ces difficultés. Par conséquent, si les théories restent un point de référence inéluctable dans le travail du traducteur, la question à se poser est  comment se dessine la multiplicité des pratiques traductives ? C'est dans ce but que nous avons comparé modestement et dans une vision assez limitée, de l'extérieur, ces pratiques différentes afin de révéler leur caractère différentiel ou similaire et leur nature paradigmatique mais aussi de montrer comparativement le métalangage utilisé dans les deux traductions d'un même texte de départ.

Concernant la première traduction de l'œuvre, dans l’opération traduisante, la culture de l’étranger s'est  manifestée comme un lieu de résistance à la traduction, car elle ouvre la possibilité de l’étrangeté qui vient se heurter à la culture de la langue cible. La traduction heurte ainsi contre le fait culturel étranger, en finissant par l’interpréter souvent. C’est l'une des raisons de l’élargissement de sens de certaines parties de l'œuvre. Tandis qu'une traduction vraiment réussie exige du discernement, du doigté et de l'expérience ; en fait toute la personnalité du traducteur, autant qu'un travail de qualité exige une connaissance vaste et approfondie d'un domaine particulier. En raison de tous ces problèmes, l'information n'est pas rendue aussi exactement que possible, mais aussi librement que nécessaire.

S'agissant de la deuxième traduction, cet obstacle ne s’est pas manifesté infranchissable, car le traducteur en faisant toujours appel aux moyens propres à la langue cible pour exprimer des notions propres à la langue source a surmonté cet obstacle, soit inventant le lexique propre soit apportant un certain néologisme, ce qui est justifié dans certaines conditions. Il a su, en outre, faire de bons choix qui pourraient parfois revêtir une grande importance, tout en respectant le sujet, le contexte, le style et de nombreux autres facteurs.

Ce travail contribuera probablement à montrer qu’il n’y a pas d’absolu en matière de traduction, et que sa pratique change en même temps que le temps change, traduction étant prise dans l’évolution du temps.

 

Notes:

1-        Sartre lui-même écrit sur ce sujet : « Et puis, un jour, pour l'amour de moi, de jeunes érudits tenteraient de le déchiffrer: ils n'auraient pas trop de toute leur vie pour reconstituer ce qui, naturellement, serait mon chef-d'œuvre […]» (Sartre, 1972, 176).

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