L’étude des entraves culturelles dans la traduction de Madame Bovary de Flaubert en persan

Auteurs

Université Tarbiat Modaress

Résumé

La traduction d’une œuvre littéraire peut rencontrer différents obstacles dont les obstacles culturels. La traduction s’effectue non seulement entre deux langues mais bien plus entre deux cultures différentes ; ainsi est-elle souvent considérée dans son essence même comme une opération interculturelle.
Dans cet article nous étudierons des entraves culturelles dans la traduction de Madame Bovary de Flaubert en persane. Cette recherche se donne comme objectif l’étude des problèmes culturels dans la traduction et les façons de s’y prendre pour surmonter les écarts culturels. A cet égard, le fameux roman de Gustave Flaubert Madame Bovary a été choisi pour établir une étude comparative des traductions en persan. Nous essayerons de vérifier dans quelle mesure les traducteurs ont réussi à transmettre les faits culturels dans notre langue. Pour ce fait les traductions de ce roman en persan effectuées par Mehdi Sahâbi et Mohammad Ghāzi ont été choisies, pour montrer de plus près l’importance de ce point et vérifier à quel niveau les traducteurs ont réussi à établir un pont entre l’original et la traduction.

Mots clés


Introduction

En parlant des problèmes de la traduction, il est rare que l’on ne fasse allusion de près ou de loin à des obstacles culturels. Permettant l’accès à d’autres langues, la traduction permet en conséquence l’accès à d’autres cultures. Or l’accès à des phénomènes langagiers d’une autre culture, à son étrangeté à l’étranger : un terme emprunté à Berman (Berman, 1984 : 161) - est une tâche qui n’est pas toujours facile.

En traduction littéraire, la forme fait corps avec le sens et il s’agit de garder la couleur locale et de ne pas nationaliser tous les éléments étrangers. Le traducteur doit faire de son mieux pour rester fidèle à la fois au fond et à la forme du texte source et traduire exactement le sens sans trahir les aspects linguistiques, culturels et le style du texte original. Ainsi, il doit adopter une stratégie qui conserve en même temps l’étrangeté du texte original et produire un texte lisible en langue cible.

Cette recherche se donne comme objectif l’étude des problèmes culturels dans la traduction et les façons de s’y prendre pour surmonter les écarts culturels A cet égard, le fameux roman de Gustave Flaubert Madame Bovary a été choisi pour établir une étude comparative des traductions en persan, Nous essayerons de vérifier dans quelle mesure les traducteurs ont réussi à transmettre les faits culturels dans notre langue. Partant de cette problématique, le présent article tente de proposer des éléments de réponses aux questions suivantes :

  1. Quels sont les obstacles culturels qu’un traducteur doit franchir dans un texte littéraire ?
  2. Quels sont les problèmes causés par les obstacles culturels dans la traduction de Madame Bovary ?
  3. Parmi les traducteurs de cette œuvre lequel a mieux réussi la transmission des faits culturels ?

Les hypothèses qui seront mises à l’épreuve lors de notre étude sont les suivantes :

  1. Les obstacles culturels sont des concepts qui recouvrent un sens au-delà de leur sens habituel ; les figures du style telles que métaphore, comparaison et ironie en sont des exemples.
  2. Les obstacles culturels les plus importants dans la traduction de Madame Bovary proviennent du domaine socio-historique ou de l’arrière-plan historique du roman.
  3. Mehdi Sahâbi est considéré comme un traducteur professionnel et familier avec les courants littéraires ; il semble qu’il a mieux réussi la traduction de ce roman.

Dans cette optique, l’objectif de cet article est de vérifier les aspects culturels du roman de Madame Bovary pour en démontrer les difficultés lors de la traduction en persan et de trouver les meilleurs procédés pour les surmonter. Ainsi, pour mener cette tâche à bon terme, les points de vue de Marianne Lederer dans La traduction aujourd’hui et l’approche de Vinay et de Darbelnet dans La stylistique comparée du français et de l’anglais ont été appliqués.

Deux traducteurs de Madame Bovary

Parmi les grands traducteurs de cette œuvre en persan, nous pouvons nommer Mehdi Sahâbi (1944- 2009) et Mohammad Ghāzi (1913-1998), deuxprofessionnels connus dans le domaine de traduction française en Iran. Ils ont dans leur répertoire de nombreuses traductions d´ouvrages littéraires françaises en persan.

Mehdi Sahâbi, éminent traducteur d’auteurs français (Proust, Stendhal, Céline, Flaubert Honoré de Balzac, Guy de Maupassant et tant d’autres) est aussi peintre, calligraphe journaliste, poète et musicien. Parmi ses grandes traductions nous pouvons citer Mort à crédit, Guignol’s Band et D’un château l’autre de Céline, Tous les hommes sont mortels de Simone de Beauvoir, L’Education sentimentale de Flaubert, Le Rouge et le Noir de Stendhal. Les traits remarquables des traductions de Sahâbi sont le charme de ses paroles, son choix et son regard. Comme Reza Seyyed Hosseini (1926-2009) et Mohammad Ghāzi, il traduisait les œuvres avec lesquelles il ressentait quelques affinités. A la recherche du temps perdu de Proust a trouvé son traducteur en la personne de cette grande figure littéraire persane qui fut surnommé Mehdi Proust. Il convient de préciser que ce chef d’œuvre de la littérature française, à cause de ses tournures et de sa structure spéciale, a été toujours considéré comme intraduisible par des grands traducteurs iraniens.

Quant à l’immortalité de ses traductions, Assodolāh Arāyi (traducteur) rappelle que :

« La caractéristique de ses traductions était sa minutie et le transfert correct du style de l’écrivain et les particularités du genre. Sahâbi lisait beaucoup et grâce à son savoir, il est arrivé à tel degré de compétence ». (http//anthropology.ir/node/1129)

Grâce à ses connaissances solides, son vaste bagage linguistique et la fréquentation des milieux populaires, il a toujours su trouver le ton juste et le registre approprié. Il utilisait les nouvelles techniques de traduction, toujours à l’ordre du jour; ainsi, a pris la charge de mener à bien la traduction persane de Madame Bovary en 2007. Mohammad Ghāzi grands traducteur contemporain, est celui qui a fait connaître aux lecteurs Iraniens les chefs-d’œuvre de la littérature mondiale. Il tient dans sa répertoire la traduction de 90 œuvres parmi lesquelles on peut citer Don Quichotte de Cervantès, La femme du boulanger de France, Le petit prince de Saint-Exupéry et Le dernier jour d’un condamné de Victor Hugo. Abdolāh Kossary (1946) note que : « la plus importante caractéristique des traductions de Ghazi réside dans sa manière de trouver le mondeimplicite que recouvre le langage de l’autre et de le transmettre en langue cible. Sa langue était créative et douce et se débarrassait vite de l’influence de la syntaxe de la langue source et devenait persane ». (http ://www.parsiane.com)

Traduction littéraire : les problèmes culturels

La traduction des textes littéraires, contenant des faits culturels est souvent considérée comme problématique: «la traduction ne s’effectue pas seulement entre deux cultures différentes; la traduction est donc une communication interculturelle. C’est le transfert d’éléments culturels contenus dans un texte de départ vers une langue cible, c’est l’une des difficultés majeures auxquelles sont confrontées les lecteurs-traducteurs.» (Hurtado Albir, 2001 : 607).

Autrement dit, les aspects de la vie que recouvre le mot culture ne se correspondent pas forcément d’une culture à l’autre et pour les transmettre, le traducteur se heurte souvent à l’inexistence des traits culturels analogues dans la langue d’arrivée et même lorsqu’ils existent, ils ne renvoient pas toujours aux mêmes référents. Cette symbiose entre la langue et la culture à propos de la traduction a été remarquée par Eco: «…une traduction ne concerne pas seulement un passage entre deux langues mais entre deux encyclopédies. Un traducteur tient compte des règles linguistiques, mais aussi d’éléments culturels au sens le plus large du terme.» (Eco, 2007 : 190) Dans ces conditions, le rôle de traducteur, au-delà de faire passer le message de l’auteur sur le plan sémantique serait de trouver d’autres moyens linguistiques dans la langue cible pour désigner les référents présents dans le texte source, en plus il doit donner des informations nécessaires aux lecteurs de la langue cible afin qu’ils puissent comprendre le nouveau monde qu’ils ignoraient auparavant.

L’objectif de cet article consiste à cerner les différents obstacles culturels dans les traductions français en persan de Madame Bovary. Pour mener à bonne fin cette tâche nous allons vérifier les zones problématiques de cette œuvre en ce qui concerne la transmission des faits culturels selon la classification ci-dessous. Sachant que la traduction de ces faits peut s’avérer un exercice délicat ils reflètent la plupart du temps une certaine vision du monde, des valeurs et des croyances propres à une culture. Après la présentation des exemples précis, nous allons présenter quelques cas trouvés dans le texte de départ, tout en soulignant les mots ou les expressions concernés. Ensuite nous procéderons à une analyse qui vise à montrer comment nous avons comblés les problèmes en profitant des procédés de traduction selon l’approche de Vinay et de Darbelnet dans La stylistique comparée du français et de l’anglais (1977). Cette approche suppose que la traduction relève d’une discipline de nature comparative. La stylistique comparée est fondée sur la connaissance de deux structures linguistiques dans deux cultures qui appréhendent la réalité de façon différente. Ainsi, dans notre analyse de traduction nous mettrons en parallèle les textes en franҫais et en persan. Nous appelerons la traduction de Sahâbi T1, et celle de Ghāzi T2.

Les figures de style

Les figures de style forment les dimensions culturelles d’un texte littéraire et rendent le texte ordinaire et pauvre de la base en un joyau qui suscite un flux de sensibilité chez les récepteurs. Etant donné que Madame Bovary de Flaubert abonde en comparaisons littéraires, nous l’avons choisi comme exemple pour notre analyse. L’originalité, voire la bizarrerie des rapprochements mis en œuvre par Flaubert à travers ces comparaisons est souvent compensée par les explications éclaircissantes qui s’y rattachent par une franche explication de motif. Bien que cette figure de style possède des dimensions universelles elle reste particulière à la culture source. Ainsi en la traduisant, elle subit parfois des adaptations ou des restrictions ; car les mêmes termes ne recouvrent jamais les mêmes réalités culturelles.

On pouvait parler de lui aux Trois Frères, à la Barbe d’or ou au Grana Sauvage ; tous ces messieurs le connaissaient comme leurs poches! (p. 136)

T1- در سه برادران، ریش طلایی و وحشی بزرگ او را خوب می‌شناختند. انگار که از خودشان بود! (ص ١۴٩)

T2- در نزد سه برادران، ریش طلایی، و وحشی بزرگ اعتباری دارد و این حضرات او را مثل گاو پیشانی سفید می‌شناسند. (ص ١١١)

Cette figure dérive souvent de la culture qui l’entoure: les hommes créent des images en incluant des éléments de leur entourage et en utilisant des comparaisons familières. Parfois une comparaison française ne se rend guère à la lettre en persan; de ce fait il faudra chercher un équivalent en s’inspirant de caractère de cette langue. C’est ce qu’on peut remarquer dans T2. Nous avons consulté Le Petit Robert pour trouver la signification de cette locution «connaître à fond, en détail dans les moindres recoins» L’équivalent exact de cette comparaison en persan est: مثل کف دست کسی را» شناختن»   Selon l’encyclopédie de Dehkhodā[1] «گاو پیشانی سفید: c’est quelqu’un de renommé et connu de tout le monde, partout». Son équivalent exact en français est «connu comme le loup blanc».

Par conséquent la traduction correcte de cette locution est:

«او را مثل کف دستشان می‌شناسند!» Voilà pourquoi la traduction de Sahâbi semble plus proche de la langue source.

Etant donné la vaste présentation des métaphores dans Madame Bovary, notre deuxième exemple est à propos de cette figure de style qui est l’un des principaux avatars de l’usage esthétique de langue.

Paris, plus vaste que l’océan, miroitait donc aux yeux d’Emma dans une atmosphère vermeille. (p. 92)

- T1 این چنین پاریس، گنگ‌تر از اقیانوس، در چشمان اما در جوّی گلگونتلأ لو داشت. (ص ٨٦ )

- T2 باری، پاریس در چشمان «اما» پهناورتر از اقیانوس در فضای ارغوانی منعکس می‌شد. (ص ٦١)

Dans cet exemple, le rapprochement fait entre l’imagé « atmosphère » et l’adjectif chromatique « vermeille » attribue au premier les traits d’un rêve délicieux. Le choix de cet adjectif qui renvoie à un rouge écarlate, introduit également la notion de l’amour connotée souvent par cette couleur dans la mémoire collective.

Ainsi, on pourrait utiliser les termes «در جو عاشقانه‌ای» au lieu d’indiquer seulement cette couleur «گلگون- ارغوانی».

Emprunt des mots étrangers

Il est indéniable que la langue et la traduction sont deux notions intimement liées dont l’enrichissement est en partie liés aux contacts des peuples; contacts ayant pour corollaire l’adoption des emprunts. Au cours de la traduction, le traducteur utilise la langue et les emprunts pour remplir la fonction principale de sa discipline, à savoir la communication et la diffusion des cultures. Ainsi, pour un lecteur qui connaît mal cette langue étrangère, l’utilisation de ces mots empruntés peut causer de nombreux problèmes. Dans Madame Bovary, l’usage de ces mots, surtout des mots latins est très fréquent. A ce propos Sahâbi a montré sa maîtrise de la langue latine en les traduisant en persan. Cet extrait de Madame Bovary est donc choisi comme exemple :

Qui te fournit la nourriture, l’éducation, l’habillement et tous les moyens de figurer un jour avec honneur dans les rangs de la société ? Mais il faut pour cela suer ferme sur l’aviron, et acquérir comme on dit, de cal aux mains. Fabricando fit faber, age quod agis. (p.273)

T1- کی همه امکاناتی را در اختیارت می‌گذارد که بتوانی یک روز با سر بلندی در اقشار جامعه جایی برای خودت پیدا کنی؟ امّا برای رسیدن به همچو روزی باید به قول معروف دست‌ها کبره ببندد، بعله، کار نیکو کردن از پر کردن است فابریکاندو فیت فابره اجه کونود اٌجیس. (ص ۳۴٩)

T2- چه کسی خرج خوراک و تعلیم و تربیت و لباس و سایر احتیاجات تو را می‌کشد تا روزی عضوی شرافتمند و با افتخار در جامعه باشی؟ تو الان بایستی در کشتی آنقدر پارو می‌زدی و عرق می‌ریختی تا به قول معروف دستهایت پینه می‌بست .Fabricando fit faber, age quod agis (ص ٢٦٠)

Il est à note qu’un traducteur n élargissant son bagage cognitif peut transmettre correctement ces termes. Il doit avoir une grande compétence et une bonne culture générale. Cela suppose une mobilisation des connaissances encyclopédiques. Plus on a des connaissances extralinguistiques plus on peut transférer correctement le texte. C’est le cas de T1 où en même temps, Sahâbi a traduit cette phrase latine et puis il l’a translittérée avec sa prononciation latine en persan. Ghāzi dans sa traduction a transcrit la phrase sans rien y ajouter.

 

Arrière–plan socioculturel de Madame Bovary

Au-delà des considérations linguistiques, la traduction fait apparaître des rapports très étroits des hommes, leur entourage physique et métaphysique, et de ce fait elle ne peut être dissociée du contexte socioculturel. Comme les faits culturels d’une communauté linguistique diffèrent d’une société à l’autre, le traducteur doit avoir une vaste connaissance de la culture cible; ainsi nous pouvons dire que la culture est l’une des implicites partagées par une communauté. Dans le processus de l’activité traduisant, Carbonell a précisé que: «lire les autres cultures équivaut à lire l’implicite dans la culture d’autrui» (Carbonell Cortés, 1997: 144). De ce fait, le rôle du traducteur est d’expliciter cet implicite en fonction de la finalité de son texte et de l’arrière plan socioculturel différent du récepteur en langue cible. Selon J. R. Ladmiral: «Non seulement il est peut - être difficile d’abstraire la parole de l’auteur de la langue source au sein de laquelle elle a trouvé sa formulation, mais surtout la solidarité de chaque langue avec tout un contexte culturel fait apparaître la nécessité d’intégrer à la théorie de la traduction la perspective extra - linguistique (ou para-linguistique) d’une anthropologie.» (Ladmiral, 1994 : 18) Madame Bovary met en scène un décor où l’on peut constater la vie, le milieu social, le cadre historique et le portrait des mœurs de province au XIXe siècle; ce qui peut causer des problèmes pour un lecteur qui n’est pas au courant de ces faits. Il est admis que le traducteur doit toujours prendre le destinataire en considération : il a affaire la plupart du temps à un lecteur qui n’a aucune connaissance des faits culturels et historiques mis en scène dans le texte. En étudiant les détails de la documentation dans Madame Bovary, on peut constater que ces événements détaillés d’une façon assez précise ne relèvent pas du hasard et font tous partis du style de l’écrivain. Pour comprendre la société et la vie de cette époque on devrait avoir une vaste connaissance sur l’Histoire de la France sous la Révolution de1848. En comparant le travail des deux traducteurs, nous voyons que Ghāzi a parfois introduit des notes infrapaginales pour plus d’explicitation. Sahâbi est allé plus loin en donnant une chronologie assez précise en plusieurs pages à la fin du roman afin de mettre les lecteurs au courant de la vie des français au XIXe siècle. Pour mettre ce point plus au calire, nous avons choisi deux exemples:

Il avait enfreint la loi du 19 ventôse an XI°, si bien que, sur des dénonciations ténébreuses Homais avait été mandé à Rouen, près M. le procureur du roi, en son cabinet particulier. (p. 121)

T1- اومه مفاد مادۀ یک قانون ١٩ بادماه[2] سال یازده انقلاب را {...} زیر پا گذاشته بود. تا جایی که به دنبال بعضی خبرچینی‌های مشکوک او را به دفتر شخص دادستان کل «روآن» احضار کردند. (ص ١٢٦)

از مادۀ اول قانون مصوب نوزدهم وانتوز سال ١١ جمهوری تخطی کرده

T2- داروساز بود.{...}تا جایی که هومه به علت اعلام جرم‌های بی امضا به روان، به دفتر مخصوص دادستانی، احضار شده بود. (ص ٩٤)

Elle a, au rez de chaussée, trois colonnes ioniques et, au premier étage, une galerie à plein cintre tandis que le tympan qui la termine est rempli par un coq gaulois, appuyé d’une patte sur la Charte et tenant de l’autre les balances de la justice. (p. 107)

T1- در طبقۀ اول سه ستون سبک «یونی» و در طبقۀ دوم درهایی با قوس نیم‌دایره دارد و روی پیشانی‌اش یک « خروسگلوا» یک پایش را روی طومار « قانون» گذاشته و با پای دیگرش ترازوی عدالت را گرفته است. (ص ١٠٦)

T2- این بنا در طبقۀ همکف سه ستون یونانی و در طبقۀ اول سرسرایی کاملاٌ هلالی دارد و تزیینات معماری انتهای آن رابا مجسمۀ خروسی منسوب به فرانسویان قدیم پر کرده‌اند که یک پای خود را روی جلد کتاب قانون تکیه داده و با پنجۀ دیگرش ترازوی عدالت را نگاه داشته است. (ص ٧٨)

Chaque pays a son propre emblème. La France n’en a officiellement qu’un seul qui est le drapeau bleu, blanc, rouge; néanmoins de nombreux symboles se sont succédé au cours de son histoire avant l’avènement du drapeau tricolore. Le choix du coq comme symbole français remonte à la chute de l’Empire romain pendant la création de la Gaule et tire son origine du jeu de mot entre galus (coq) et Galus (Gaulois). Dans T1, le terme de coq (خروس) a été traduit et on a emprunté le mot (گلوا) tandis que T2 a eu recours à une périphrase pour expliquer cette expression :

مجسمۀ خروسی منسوب به فرانسویان قدیم

Les habitudes culturelles

Chaque nation a ses propres habitudes culturelles qui peuvent paraître étranges pour les autres cultures. Cette catégorie de contraintes socioculturelles renvoie aux particularités locales provenant de la religion, des règles de conduite, des normes éthiques ou morales, des habitudes culinaires et etc. En somme, elle concerne les traits saillants de la culture et de la société d’accueil. A ce propos, nous citons exemple suivant :

Il aimait le gros cidre, les gigots saignants, les glorias longuement battus. (p. 57)

T1- شراب سیب قوی، ژیگوی چرب و چیل و گلوریایی که مدت طولانی هم زده شده باشد را دوست داشت. (ص ۳٨)

T2- شراب سیب و ژیگوی خونابه‌دار و قهوۀ شیرین آمیخته با عرق را دوست می‌داشت. (ص ٢٦)

L’expérience gastronomique varie d’un pays à l’autre. La traduction des mots désignant les repas et les boissons soulève donc assez souvent des problèmes, soit parce qu’il n’existe pas d’équivalent exact d’une langue à l’autre, soit parce qu’ils ont des valeurs différentes qui viennent des habitudes alimentaires différentes des deux pays. Parmi les différents procédés de la traduction, on peut avoir recours à l’emprunt qui accentue l’exotisme et se justifie par le fait que ces plats sont étrangers. En revanche, traduire le nom de ces plats signifie qu’on impose la comparaison en les nommant d’après la cuisine de la langue cible. Les deux traducteurs choisis, pour le terme de «gigots», ont emprunté le nom français, sans marque de pluriel. En ce qui concerne l’adjectif «saignant», on doit savoir qu’en France la cuisson d’une viande rouge a trois degrés: bleu (la viande est à peine cuite), saignant (peu cuite à l’intérieur), à point (bien ou trop cuite). Sahâbi a employé le terme de چرب و چیل pour cet adjectif qui est incorrecte car, ici, il s’agit d’une viande qui est peu cuite et qui contient du sang; ce qui a été précisé chez T2. Parfois le traducteur, à cause de l’absence de certains concepts dans une langue est obligé d’utiliser un mot ou une expression de la langue de départ dans sa traduction et c’est ainsi que les emprunts entrent dans l’autre langue. C’est le cas du terme de «glorias» dans T1, tandis que T2 a donné une périphrase pour ce mot.

Les expressions figées

La transmission des expressions figées est une grande tâche car ces dernières sont souvent liées à la culture, aux mœurs, aux expériences de vie, etc. d’un pays. Georges Mounin souligne que « pour bien traduire, on doit étudier systématiquement l’ethnographie de la communauté dont cette langue est l’expression.» (Mounin, 1963 : 236)

Lepoint de vue des chercheurs sur la façon de traduire ces expressions est partagés, ce qui conduit à des variations dans l’utilisation des stratégies interprétatives. Dans son article Fournier (2010 : 95) remarque qu’elles se traduisent en langues étrangères soit par une expression équivalente soit par un vocable unique traduisant globalement le sens de l’expression ou par une paraphrase. Ghāzi émet ainsi son point de vue: «Le traducteur ne doit pas traduire les proverbes et les expressions littéralement. Il doit plutôt les remplacer par leur équivalent même si les mots employés dans les expressions et les proverbes ne correspondent pas précisément à ceux de la langue source.» (Ghāneifar, 1997: 260) Cet équivalent doit être adapté aux connaissances du lecteur pour bien être compris, car en tant que phénomène universel, ces expressions restent singulières et propres à chaque langue. Considérons l’exemple suivant :

Les autres gens de la noce causaient de leurs affaires ou se faisaient des niches dans le dos (p. 62)

 -T1بقیۀ مهمان‌ها از کار و بارشان حرف می‌زدند یا همدیگر را دست می‌انداختند ... (ص ۴۳)

T2- مهمانان دیگر عروسی راجع به کارهای خود صحبت می‌کردند، یا پشت یکدیگر را قلقلک می‌دادند. (ص ۳٠)

Selon Le Petit Robert cette expression signifie: «fam. plaisanterie malicieuse, farce que l’on fait à quelqu’un, généralement sans méchanceté». Ainsi, la traduction de Ghāzi est incorrecte, tenant compte que پشت یکدیگر راقلقلک می‌دادند n’a pas de sens en persan.

Les connotations culturelles

Chaque mot est porteur d’idées sous entendues qui sont regroupées sous le terme de connotation. Mounin (1963 : 166-167) a mentionné que «les connotations résistent à la traduction, mais qu’il faut les traduire aussi bien que les dénotations». A ce propos. Ladmiral (1994 : 190) a prétendu «qu’une fois le contenu dans le texte source apprécié à sa juste valeur par le traducteur, il est loisible à ce dernier de choisir n’importe quel connotateur cible, sans plus se soucier de la forme qu’avait prise le connotateur source.» On peut mentionner cet exemple:

Les jours que sa besogne était finie, il lui fallait […], et subir depuis la soupe jusqu’au fromage le tête à tête de Binet. (p. 114)

T1- روزهایی که کارش زود تمام می‌شد [...] و از اوٌل وقت سوپ تا آخرِ وقت پنیر کنار بینه بماند و همنشینی او را تحمل کند. (ص ١١٧)

T2- روزهایی که کارش تمام می‌شد [...] ومجبور بود در سر غذا، از سوپ گرفته تا پنیر، مصاحبت آقای بینه را تحمل کند. (ص ٨٧)

Les Français prennent leur dîner ou leur déjeuner dans un ordre précis: ils commencent le repas par un potage et le finissent par le dessert. Avant le dessert on mange des fromages. En comparant les deux traductions on peut constater que la traduction de Sahâbi est plus juste, car ces deux termes connotent le début et la fin du dîner.

Le problème de polysémie

La traduction de la polysémie est une tâche difficile car on doit trouver le mot exact qui donne l’idée la plus proche du message de l’auteur et faire passer le monde implicite que recouvre le langage de l’autre. Vu qu’un mot tire son sens de l’association avec les mots de son entourage, le contexte aide à clarifier le sens des mots. A ce propos, François Richaudeau a précisé que (Richaudeau, 1971 : 12) : « chaque mot possède généralement plusieurs sens, le choix du signifié particulier au texte lu dépend des mots de la phrase qui l’entourent, le mot concerné mais aussi des phrases précédentes, de la matière du sujet traité dans l’ouvrage et puis aussi du lecteur, de son niveau culturel, etc. A cet égard la traduction « des roux » dans l’exemple suivant semble assez éclaircissante : L’odeur des roux pénétrait à travers la muraille pendant les consultations de même que l’on entendait de la cuisine les malades tousser dans le cabinet et débiter toute leur histoire. (p. 66)

T1بوی بدن بیماران سرخ مو وقت معاینه از آن طرف دیوار می‌آمد، همچنان که صدای مریض‌هایی که در مطب سرفه می‌کردند یا از حال و روزشان می‌گفتند در آشپزخانه شنیده می‌شد. (ص ۴٩)

T2- بوی خورش و سرخ کردنی در ساعات معاینه از پشت دیوار آشپزخانه به داخل مطب می‌آمد، چنانکه در آشپزخانه سرفۀ نیز صدای بیماران و شرح حالشان به گوش می رسید. (ص ۳۴)

Le mot roux est défini ainsi dans le dictionnaire :

n. (XVIe) = rouquin

n.m.= faite de farine mélangée à une matière grasse et mouillée avec un liquide chaud qu’on utilise pour lier une sauceUne lecture attentive, nous permet de constater que l’odeur des roux entrait de dehors dans le cabinet (ne sortait pas donc) pendant les heures de visite des malades. Ce qui correspond à T2.

Il faut noter que les difficultés culturelles auxquelles se sont heurtés les traducteurs de Madame Bovary sont très nombreuses. Leur rôle d’intermédiaires entre deux cultures est loin d’être aisé. Cependant s’il est vrai que le but d’une traduction est de rendre une œuvre étrangère accessible aux individus qui ne connaissent pas la langue dans laquelle elle a été écrite, il importe de ne pas les dérouter outre mesure.

Conclusion

Nous avons tenté tout au long de cet article, d’étudier les obstacles culturels qu’un traducteur doit affronter en traduisant une œuvre littéraire et d’envisager différentes manières auxquelles on peut avoir recours pour franchir ces problèmes. Le rôle du traducteur dans le transfert du culturel est fondamental. Il doit observer un bon équilibre entre les spécificités des deux langues et au-delà d’être bilingue, il doit être aussi «bi-culturel». (Lederer, 1994 : 125)

Afin de réussir dans cet acte, le traducteur dispose de plusieurs procédés : ou bien il peut amener le lecteur cible vers la culture de l’œuvre originale (sourcière - les procédés de la traduction littérale: emprunt, etc) ou bien au contraire il peut gommer «l’étrangeté» et restituer le sens (cibliste - les procédés de la traduction oblique: adaptation, équivalence, etc). Etant donné que chaque traduction demande des solutions différentes, on ne peut pas donner une recette définitive. Ainsi, le contexte déterminera la piste à suivre pour transférer les éléments culturels. A travers les exemples tirés de notre corpus, nous avons classifié quelques obstacles qu’on peut rencontrer lors de la traduction des textes littéraires et nous avons montré que chaque fait culturel a son propre procédé, et qu’il n´existe pas de solution définitive pour certains facteurs culturels.

Rappelons donc que traduire le culturel est une tâche délicate mais pas impossible. Le traducteur doit observer un bon équilibre entre les spécificités des deux langues. Il est censé de choisir une stratégie adéquate afin de conserver en même temps l’étrangeté du texte original et de produire un texte lisible en langue cible. Pour conclure, terminons ce travail par cette phrase, souvent prescrite, de Berman « traduire l’œuvre étrangère de façon que l’on ne sente pas la traduction». (Berman, 1984 : 53)



[1] Dehkhdā, Ali Akbar (1879-1956), linguiste Iranien éminent et l´auteur du dictionnaire de langue persane le Plus complet jamais publié. Il a aussi traduit L´esprit des lois de Montesquieu en persan. Il a écrit Amsālo hekam en quatre volumes et Loghat –nameh-yé Dehkhodā enquinzevolumes.

[2] وانتوز یا بادماه نام ششمین ماه تقویم جمهوری است که پس از انقلاب کبیر فرانسه به جای تقویم مسیحی برقرار شد و چند سالی بر جا بود. این ماه در روز ١٩ یا ٢٠ یا ٢١ فوریه شروع می‌شود و در ٢٠ یا ٢١ مارس (اول فروردین) پایان می‌یافت. (ص ٤٩٤)

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